Je suis d’ailleurs, Lovecraft!

Plus ambitieux que “Dagon”, il comprend moins de textes que ce dernier, mais on ne peut les oublier. La nouvelle -titre, héritage de Poe à l’instar du “Le molosse”, résume à lui seul le talent de cet auteur extraordinaire. Les récits y sont excellents, depuis “Air froid” (texte de SF qui a donné lieu à au moins deux variations en bandes dessinées) jusqu’à “Le molosse” justement, qui, par la présence du Nécronomicon, anticipe le mythe tout en restant de facture classique. Les textes sont très variées. Ils peuvent être une “aimable plaisanterie” comme “La tourbière hantée” écrite pour la circonstance à la Saint Patrick, ou nous plonger dans le doute quant à nos origines humaines (“Arthur Jermynn”). Lovecraft y défend également sa manière d’écrire dans “L’indicible”, et il s’agit bien de cela : les horreurs de HPL sont si hors norme qu’il est impossible de les décrire.

“La maison hantée” est une inhabituelle histoire de vampire, qui témoigne de son amour pour la Nouvelle-Anglettre des siècles passés. “La peur qui rode” est – assez exceptionnellement – un récit à épisodes, pour des raisons de publication, où il fait montre de toute son ingéniosité dans l’horreur. Mais la nouvelle titre l’emporte en qualité sur ce dernier.

Lovecraft, ce n’est pas qu’une écriture, c’est un état d’esprit, qui rejoint curieusement le “No Future” des punks, mais pour d’autres rasons. HPL se méfie du futur et de la science, non pas qu’il n’y croit pas, mais parce que celle ci pourrait nous dévoiler une horreur indicible derrière le voile de la réalité apparente. Pour notre santé d’esprit, il vaut mieux rester aveugle. Voici pourquoi ses “héros” fuient le danger que représente une nouvelle découverte, qui pourrait encore témoigner que nous sommes insignifiants et prétentieux face à des menaces qui sont aptes à détruire toutes nos belles constructions intellectuelles (le scientisme, la foi dans le progrès humain, l’évolution de la civilisation vers un meilleur toujours proche).

Je retiens aussi “La cité sans nom”, prototype des mythes de Cthulhu : un explorateur découvre une civilisation antédiluvienne qui abrite des monstres de cauchemar, mais très évolués par rapport à la nôtre. Ils semblent avoir péri, mais le héros, malgré lui, entrevoit leurs fantômes, qui ont su vaincre les périples du temps.

A conseiller fortement à tout admirateur de Lovecraft, mais aussi à ceux qui veulent sortir des ornières de ce que l’on nous présente comme “les progrès de la modernité”.

2 comments on “Je suis d’ailleurs, Lovecraft!

  1. derynnaythas says:

    j’accroche vraiment mieux à ces écrits sur les contrées du rêve, mais c’est une plume sympa!

  2. Mais c’est bien clair tout ça!

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